Communiqué de presse

La nécessité d’exigences plus strictes envers la préparation aux situations d’urgence et la conception des navires évoquée par l’envahissement par les eaux du navire de pêche Saputi dans le détroit de Davis (Nunavut) en février 2016

Dartmouth (Nouvelle-Écosse), le 6 avril 2017 — Le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a publié aujourd'hui son rapport d'enquête (M16C0016) sur l'envahissement par les eaux du navire de pêche Saputi en février 2016. Ce dernier était employé à la pêche dans le détroit de Davis (Nunavut) lorsqu'il a percuté un bloc de glace qui a perforé sa coque. Le rapport souligne les risques menaçant les gros navires de pêche qui ne sont pas conçus pour résister à l'envahissement d'un des compartiments principaux et dont les équipages n'ont pas accès à un plan de maîtrise des avaries.

Le 21 février 2016, le Saputi, avec 30 personnes à bord, effectuait une sortie de pêche au turbot dans le détroit de Davis (Nunavut). À 19 h 35, heure normale de l'Atlantique, le navire a heurté un bloc de glace qui a fissuré la coque dans la cale à marchandises. Les opérations de pompage n'ayant pas permis de contrer l'infiltration d'eau, on a scellé la cale à marchandises avant qu'elle ne soit finalement envahie par les eaux. Gîtant fortement, le navire a néanmoins pu se rendre à Nuuk (Groenland) où il est arrivé le 24 février. Aucun blessé n'a été signalé.

L'enquête a permis de déterminer qu'à 18 h 40, le capitaine a remarqué la présence d'un bloc de glace à bâbord qui semblait ne présenter aucun danger. Tandis que le capitaine modifiait lentement son cap pour éviter le bloc de glace, le Saputi a été soulevé par la houle, puis a percuté le bloc de glace en retombant. La coque a subi une fissure verticale par laquelle un important volume d'eau a envahi le navire. L'équipage du Saputi a tenté sans succès de colmater la fissure à l'aide du matériel disponible, qui n'était pas spécialement prévu pour la maîtrise des avaries. Il a aussi mis en marche toutes les pompes disponibles à bord pour tenter de maîtriser l'infiltration d'eau. Si les navires de pêche exploités dans des eaux envahies par les glaces n'ont aucun plan ni opuscule de maîtrise des avaries à bord, il se peut que le capitaine et l'équipage ne soient pas préparés pour réagir correctement à une urgence occasionnée par une voie d'eau et soient incapables de maintenir le navire à flot jusqu'à l'arrivée des ressources de sauvetage.

Tôt le lendemain, le capitaine a prévenu le centre conjoint de coordination de sauvetage (JRCC) de Halifax que le navire ne pouvait pas contrer l'infiltration d'eau au moyen des pompes présentes à bord et a demandé des pompes supplémentaires. Presque six heures plus tard, un avion Hercules envoyé par le JRCC de Halifax a rejoint le Saputi et a largué quatre pompes à essence fournies par les ressources de recherche et sauvetage (SAR), ce qui a permis à l'équipage de purger un gros volume d'eau. Peu après, des membres de l'équipage ont prévenu le capitaine que les quatre pompes avaient des problèmes d'aspiration. La situation s'étant radicalement détériorée, le pompage a été interrompu; la cale à marchandises a alors été complètement envahie par les eaux. Aucune exigence n'oblige les grands navires de pêche à être conçus pour résister à l'envahissement d'un des compartiments principaux. Un architecte naval ayant effectué les calculs de stabilité a fait savoir que le navire pouvait demeurer à flot et stable même si la cale à marchandises était envahie par les eaux. Si les navires de pêche exploités dans des eaux envahies par les glaces ne sont pas conçus et construits pour résister à l'envahissement final d'un des compartiments principaux, ils risquent de ne pas pouvoir se maintenir à flot en cas de perte d'intégrité de l'étanchéité à l'eau.

Dans l'événement à l'étude, les pompes à essence apportées par les ressources SAR n'ont pas été efficaces et n'ont pas permis de maîtriser l'infiltration d'eau. Pour remédier efficacement à une urgence, il est essentiel que le matériel mis à la disposition d'un navire en détresse par les ressources SAR fonctionne comme prévu.

La sécurité de la pêche commerciale est l'un des enjeux inscrits sur la Liste de surveillance du BST. Malgré la publication de règlements qui vont probablement réduire certains des risques liés aux lacunes de sécurité en suspens, des lacunes d'importance subsistent et ces nouveaux règlements s'appliquent uniquement aux petits bateaux de pêche d'au maximum 24,4 m. Des phases ultérieures des règlements s'appliqueront à des navires de pêche de plus de 24,4 m, mais ces travaux n'ont pas encore commencé.

Voir la page d'enquête pour plus d'information.


Le BST est un organisme indépendant qui mène des enquêtes sur des événements maritimes, de pipeline, ferroviaires et aéronautiques. Son seul but est de promouvoir la sécurité des transports. Le Bureau n'est pas habilité à attribuer ni à déterminer les responsabilités civiles ou pénales.

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